« Le soleil Zida », ce nouvel astre de Kwesi Debrsèoyir Christophe DABIRE, 3/4

Je note avec satisfaction le glissement sémantique que C. DABIRE fait en insistant plus sur l’intégrité de « soleil Zida » – nos arguments ont dû convaincre quand même – mais plutôt sur son patriotisme.

Analysons ses arguments dans cette troisième partie de ma réponse.

La patrie ou la mort …

C’est ainsi que C. DABIRE conclut sa « réponse ». Parlons justement de « la patrie ou la mort ».

C’était un matin de décembre 1998 pas comme les autres. Ce jour-là, j’étais passé par le cimetière de Goughin pour enterrer, un frère, un ami, un héros, un martyr : Nobert Zongo. Cela faisait des années que je ne manquais presqu’aucun numéro de « l’indépendant ». Je me devais donc d’aller payer mes respects à ce courageux journaliste que l’on venait d’assassiner lâchement. Au cimetière, les passions ont très vite pris le dessus, et une marche spontanée sur la Présidence du Faso commença, et par quelques hasards, je me retrouvais aux premiers rangs de cette foule immense qui descendait sur la présidence.

C’est à la jonction Avenue Kadiogo/Boulevard Naba Zombre que nous rencontrâmes la gendarmerie nationale venue pour disperser la marche. Comme beaucoup d’autres qui étaient aux premières lignes, j’ouvris des pourparlers avec le gendarme qui me faisait face :

Koudraogo Ouedraogo (KO) :  Mon frère, nous n’avons aucun palabre avec vous. Aujourd’hui, le palabre c’est avec celui qui est à la Présidence du Faso. Nous devons y arriver pour lui dire que cela ne peut plus continuer et qu’il doit partir maintenant. Trop, c’est trop, et nous faisons ça pour vous aussi, parce que demain, cela peut être vous à la place de Norbert. Alors, laissez-nous passer.

Gendarme (G) : Je vous comprends. Mais cette marche n’a pas d’autorisation et vous ne pouvez plus avancer. Ce sont les ordres.

KO : Je sais. Remarquez que nous avons donné des consignes de discipline. Depuis le cimetière, y a eu très peu de casse, parce nous ne sommes pas des voyous.

G : Mon frère, ce n’est pas moi qui décide. Il faut arrêter la marche.

KO : Désolé mon frère. On ne peut pas. Les gars, donnez-vous les mains et formons une chaine humaine et avançons ensuite.

Ainsi, donc, main dans la main, nous entamâmes de forcer le barrage de la gendarmerie. Nous avancions et eux ils reculaient. Cela a duré entre une cinquantaine et une centaine de mètres sur l’avenue Kadiogo.

La chaine humaine en tête de la marche (ou je me trouvais) avait passé l’avenue O. Coulibaly d’une trentaine de mètre quand la clameur derrière nous s’éleva, « On tire, on tire ».

Je me retournai pour voir que c’était la débandade générale derrière. Quand je me retournai, à nouveau :

G : Mon frère, il faut courir sinon je dois vous arrêter.

KO : Faites votre devoir mon frère. Quand je sors pour marcher, je marche, je ne cours pas.

Certains gendarmes revenaient déjà vers nous avec des citoyens arrêtés dans leur course. Je devisais encore avec le gendarme, lorsqu’arriva le sous-officier (SO) qui dirigeait les opérations à ce niveau-là sur le terrain :

SO : Mais qu’est-ce qui se passe là ? Qu’est-ce qui se passe ?

G : Chef, il a refusé de courir – me pointant du doigt -, alors je l’ai arrêté

SO : ah oui, ah oui, (Gifle de la droite, gifle de la gauche)

KO : sourire

SO : (Me donne un coup du pied). Montez dans la jeep. Dépêchez-vous. On va voir ça.

Quelques minutes plus tard nous arrivions au Camp de Gendarmerie de Passpanga (MACA). L’accueil fut le même pour moi à ma descente de voiture : gifles, coup de pieds, etc. : Il n’y avait un meneur à briser.

Je vous passerai des détails croustillants du reste. En fait je ne m’en souviens même pas clairement, parce que mon corps a fait un « shut down » défensif, quelques temps après ma descente de voiture : ce trop-plein d’adrénaline qui agit comme de la morphine et vous rend insensible à tous : les arasements de tête, les « manœuvres » diverses, les arrosages d’eau – en décembre -, la dépravation du sommeil, etc.

Mais, je me rappelle encore ce jeune homme qui éclata en sanglot lorsque le bruit courut parmi nous que les manifestants qui avaient été arrêtés par les éléments du Conseil avaient été exécutés. C’était le lendemain de notre arrestation. Devant son désarroi, je ne trouvais rien à dire sauf « mon frère, s’ils vont nous tuer, ils le feront et pleurer n’y changera rien. Autant partir la tête haute pour ton pays. »

Quelques moments plus tard, les prisonniers étaient pris un par un, manu militari et emportés. Pour plus d’un, ils étaient acheminés non loin au Conseil, pour y être exécutés.

Lorsque mon tour vint, l’on m’amena dans un petit bureau ou l’on me fit signer des papiers et l’on me signifia que j’étais à nouveau libre. Je m’enquis des autres, avant de sortir du camp.

Aucune charge n’avait été retenue contre nous.

Vous connaissez le reste de l’histoire et de cette lutte que nous avions commencé, jusqu’au rétablissement de la limitation des mandats par l’article 37 en 2001.

Cette petite histoire, C. DABIRE pour dire que, « la patrie ou la mort », c’est dans mon corps que je la porte. C’est tous les matins à mon réveille, tous les soirs à mon couché. Elle fait partie de moi, comme mon oreille, mon cœur ou quelque autre organe de mon corps.

Cet élan, patriotique, beaucoup l’ont connu en 98 avec moi, pendant que « soleil Zida » était sans doute du côté des tortionnaires et des bourreaux.

Qu’en est-il du patriotisme de « soleil Zida » ? C’est la définition D’Alembert qui me vient à l’esprit lorsque j’y pense : « Le patriotisme dans les âmes vulgaires, je ne dis pas dans les grandes âmes, n’est guère que le sentiment de son bien-être, et la crainte de le voir troubler. » Il ne pouvait pas si bien dire, et pour cause :

C’est au soir du 31 Octobre 2014, que tout commence : le RSP est en déroute et exfiltre la seule personne qui lui donnait une raison d’être : le Président du Faso. Le peuple hésite à affronter le RSP dont il ne connaît ni la puissance de feu, ni la détermination à camper sur sa position. Dans ce cafouillage monstre, Zida bluff, il pêche en eau trouble et gagne alors le support de quelques OSC. En l’espace de quelques jours, la nation entière est trahie, les institutions de la république sont dissoutes, l’armée est muselée et Zida et son RSP sont au pouvoir. Il se bombarde Chef de l’Etat et Président du Faso : le RSP devait à tous les coups survivre, se trouver une raison d’être.

Mais le peuple n’est pas dupe. Il se mobile, il scande « Zida dégage ». C’est alors qu’il allait nous montrer son vrai visage. À la RTB, les balles meurtrières de ses éléments pleuvent sur une foule qui n’avait pour arme que leurs pancartes. Il appela cela « maintenir l’ordre ». Oui, le maintien de l’ordre ancien : la révolution était confisquée. (10)

Mais le peuple reste mobilisé, la communauté internationale lui prête main forte. Des concessions sont obtenues, son nouveau job lui est retiré et les institutions de la république sont rétablies. Il garde quand-même la main mise sur l’exécutif en tant que premier ministre.

En tant que premier ministre, il s’assoit sur le dossier des martyrs de la révolution des 30 et 31 octobre 2014. Le peuple crie justice, il les distrait avec les dossiers de T. Sankara et N. Zongo, non sans avoir aidé les principaux accusés à prendre la clé des champs. (16)

Le dossier des martyrs de la révolution est plus frais dans les esprits, tous les protagonistes sont connus, rien à faire. Plutôt que de nous rendre la justice, des indemnisations sont offertes aux familles ; elles sont semble-t-il dérisoires. Pourtant les bonus de fin d’année sont payés au RSP, dont il est toujours membre.

Le peuple demande la dissolution de son régiment, il leur répond : « Je voudrais préciser devant votre auguste assemblée que l’armée a besoin du RSP, le pays a besoin du RSP. Nous sommes en train de travailler pour lui donner beaucoup plus d’importance, lui donner une bonne place au sein de la nation. On ne peut dissoudre un régiment de cette façon. Comme le dirait quelqu’un, si vous tuez votre chien parce qu’il n’aboie pas, c’est la chienne du voisin qui va vous mordre. Ça fait 20 ans que je suis au RSP, je connais les capacités de ce régiment, je confirme que nous en avons besoin. »

Le peuple reste mobilisé. Zida est coincé : tel est pris qui croyait prendre ! Sa marge de manouvre se rétrécit chaque jour. Son régiment s’impatiente ; il passe à l’action. Le peuple finalement a raison du RSP.

La transition se termine, c’est la panique, la mission a échouée, il va falloir tout de même se trouver un job ; il se bombarde général, cela ne suffit pas, ambassadeur. Le Faso est trop poussiéreux comme disait Ram O : Il installe sa famille au Canada.

Un nouveau pouvoir s’installe à Ouagadougou. Le commandant en chef lui assigne une autre mission qui n’est pas diplomatique : c’est un non catégorique. Il demande au premier des burkinabè de magouiller avec lui. Quel culot ! Un peu de respect pour l’office quand-même ! C’est tout de même le pays des « Hommes Intègre » !

Il veut être mis en évacuation sanitaire, pourtant cela ne se fait même plus, en tout cas pas au compte de l’Etat. N’empêche, les règles ne se sont jamais appliquées à un RSP (ex-RSP, il oublie). Il veut dépenser son salaire de général que lui paye le pauvre contribuable burkinabè là-bas au Canada, au profit du riche contribuable canadien.

De quel patriotisme nous parles-tu donc ?

Coup d’Etat salutaire ?

De la « fameuse » tentative de coup d’Etat que tu nous rapportes : «une journaliste burkinabè, apparemment bien renseignée, Mme Caroline Ouanré qui, paraît-il, n’est pas particulièrement pro Zida (mais quand l’on est raisonnable, objectif et honnête on n’a pas besoin de « rouler pour quelqu’un » pour dire les faits), a pu même relater que pour le 15 octobre 2014, soit le jour anniversaire de l’assassinat de Thomas Sankara, et 15 jours avant l’insurrection, Zida et des camarades officiers avaient préparé un coup d’Etat pour retirer le pouvoir à Blaise, et empêcher que le Burkina soit remis à des mercenaires. Coup trahi auprès de Diendéré par l’un d’eux, et donc échoué (Zida et ses camarades emprisonnés et libérés le 12 octobre ) » (7). ?

Mais tu ne cesses de m’étonner !?

  1. Si Mme Caroline Ouanré s’y connaît – et tu le dis du reste – en éthique et en déontologie, je suis certain qu’elle nous a relaté des faits découverts par son enquête sans les présenter comme un fait de patriotisme comme tu le fais.
  2. Mme Caroline Ouanré, a dû sans doute rester sur sa faim, et lancer un grand nombre d’interrogations que tu omets dans ton argument : Depuis quand – dans une démocratie, et nous le sommes depuis 1991 – les coups d’Etat sont-ils des affaires entre militaires ? Pourquoi Diendéré garderait-il un putschiste dans ses rangs ?
  3. Tu méconnais allègrement ma pensée sur les coups d’Etat. Une pensée que j’ai exposé dans ma réflexion « La liberté d’un peuple ne se donne pas, elle se conquiert ! » depuis 2012. (12) Je me permets de te citer une fois encore de larges pans de cette réflexion : « Les problèmes politiques ne se résolvent pas avec des coups d’Etat ! Comme je l’ai souvent expliqué, la démarche qui conduit à un coup d’Etat est une des plus ignobles :

– il y a d’abord la haute trahison de l’Etat en ce sens que l’on prend la décision d’imposer sa propre vue à toute la nation, plutôt que de laisser ceux que le peuple a élu à leur place,

– ensuite, il y a le détournement et la corruption : Les armes et les hommes de l’Etat sont détournés et corrompus pour exécuter le coup d’Etat. » (12)

« En clair, l’auteur d’un coup d’Etat est un malhonnête de la pire espèce ! Il n’ y a rien de bon à attendre d’un tel personnage.  Je vois déjà les doigts qui pointent vers le Niger ! Oui, ils ont rendu le pouvoir, mais non sans s’être servis, et très largement pendant cette courte transition. Les châteaux ont poussé de façon spontanée et même s’ils ne sont plus en avant aujourd’hui, tout le monde sait la déférence que la classe politique leur voue ! ». (12)

« Justifier un coup d’Etat, c’est aussi admettre que n’importe quelle bande armée, pas nécessairement de l’armée régulière, puisse venir chasser les dirigeants pour établir un ordre nouveau quand « ça ne va pas ». Quand les Touaregs le font, on parle de rébellion ! Pourtant il n’y a aucune différence ni dans le fond, ni dans la forme avec ce que Sanogo a fait : une bande de voyous armés veulent imposer par la force leur vision des choses ! C’est ce que Kabila a fait en son temps avec la bénédiction des Sassou, Bongo et autres ! Ces derniers – les soi-disant rebelles – seraient même plus fréquentables que les premiers parce que eux au moins ne commettent pas forcement le détournement des armes du peuple ! ». (12)

Et de conclure « Il n’y a pas de coup d’Etat salutaire. La liberté d’un peuple ne se donne pas ! Le peuple doit lui-même conquérir sa liberté ! Pour me comprendre, comparez la Tunisie et l’Egypte à la Libye ! La communauté internationale à essayer de donner la liberté au peuple libyen, aujourd’hui ils s’entretuent toujours pendant que les autres ont assis des institutions pour passer à l’étape qui suit. » (12)

Alors, C. DABIRE, pour faire un coup d’Etat, il faut d’abord trahir l’Etat, les institutions de la république. Cette trahison, « soleil Zida » l’a fait lorsqu’il a dissous les institutions de la république pour se « bombarder » Chef de l’Etat, Président du Faso. Même au Burkina, il faut désormais, depuis 1991 être élu à ce poste ! Un coup d’Etat perpétrer avec la bénédiction de certaines OSC qui comptaient déjà leur CFAs, une forfaiture que je dénonçais déjà le 2 novembre 2014 (14), et encore le 11 novembre. (11)

Clairement, « soleil Zida » a trahi sa patrie pour ses intérêts propres. Les preuves se font plus accablantes chaque jour. Quelques heures avant de venir lever les points à la place de la nation, voici que faisait « soleil Zida » : «  La zone allant de l’hôtel Palace à Laïco (emplacement de la chaine de télévision BF1), était sous la protection d’éléments du RSP dirigés par
le Lieutenant-colonel Yacouba Isaac Zida alors chefs des opérations du RSP sur le terrain. Il était secondé par le capitaine Hamidou Kouda et le lieutenant Noumoutié Traoré.

A hauteur de palace Hôtel ces éléments ont commencé à tirer d’abord en l’air, puis ont ouvert le feu en tirant à balles réelles dans la foule. Cela a perduré jusqu’au niveau du siège de la direction générale des douanes de Ouaga 2000. Il en a été de même lorsque les manifestants étaient parvenus vers le siège de BF1 TV. Quarte (4) personnes ont trouvé la mort sur le trajet, de nombreuses autres ont été blessées dont certains par balles réelles. » (13)

On comprend aisément pourquoi le dossier des martyrs de la révolution n’a jamais avancé sous Zida. Comment expliquerait-il au peuple, que le 2 Novembre, pendant qu’il avait déjà volé la révolution du peuple, des citoyens étaient froidement assassinés à la RTB ? Comment justifier sa forfaiture de l’hôtel Laïco?

Conclusion :

  1. DABIRE, j’ai toujours critiqué et au grand jour l’opportunisme des RSS (10), (15).

Mais tout de même, la comparaison tient-elle entre l’opportunisme politique des RSS et celui de Zida, qui marche dans le sang encore chaud des martyrs de la révolution pour venir confisquer la révolution du peuple ?

Sans rancune, mon frère et ami insurgé.

Koudraogo Ouedraogo

Blog : http://burkinnafache2015.wordpress.com

Membre, Faso 2020 : http://faso2020.org

Références

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