L’exclusion : Argument fallacieux ou préoccupation réelle ?

« Le plus grand tort a été d’avoir fait ce putsch » ! Parole courageuse, d’un général courageux qui reconnait son tort et en assumera conséquences : « Personnellement, je n’ai pas peur d’affronter la justice. Je prendrais toutes mes responsabilités ». Ce courage force notre admiration, étant donné que c’est justement l’appel que nous lui avions lancé la veille (https://www.facebook.com/fasoalternance2015/posts/910672135687598). Nous osons espérer que Blaise Compaoré lui aussi, fera montre de courage et décidera de rentrer au pays pour affronter la justice et prendre pleinement sa part de responsabilité dans les évènements qui ont marqués ses 27 années de pouvoir.  Pour lui qui est tant attaché à la paix, la paix au Burkina, passe par la ! Dans tous les cas, il ne sied pas qu’un fils de notre illustre pays devienne un sans domicile fixe international.

Un argument fallacieux

Dans les textes, aucun parti n’est exclu de participation aux élections. Les textes en vigueur certes frappent certains membres proéminents de ses partis, mais quoi de plus normale serait-on tenté de dire !

Dans un parti politique, l’accent doit être mis sur les idéaux du parti et non sur les personnes. Le sens des responsabilités, comme je l’ai écrit déjà plusieurs fois devrait avoir incité beaucoup de responsables de ses partis à rendre volontairement leur démission et prendre congé de la scène politique nationale !

Les organes et les militants des partis concernés devraient eux-mêmes, forcer ce changement à la tête de leur parti ! C’était la seule façon de dire au peuple « Nous avons entendu votre message, nous allons changer ».

Le jour même, ou Ed Milliband a perdu les élections en Grande Bretagne, il a rendu sa démission à la tête du parti travailliste ! C’est cela la maturité d’un homme politique ! La prise de responsabilité, comme vient de le faire le Gal. Diendere ! Il n’y a pas d’excuse possible : le peuple, pendant que vous teniez les rênes du parti a rejeté votre projet ! Assumez-en les conséquences, comme des adultes !

L’incapacité des partis de l’ex-majorité à se renouveler ne fait-elle pas montre d’un manque criard de démocratie interne ! Si donc à l’intérieure même du parti il n’y a pas de démocratie, ne sommes-nous pas en droit de penser qu’ils répandront le même mal au sommet de l’Etat s’ils s’y trouvaient à nouveau ? A quoi donc aurait servi notre révolution ? Pour quoi donc seraient morts nos martyrs ?

Notons au passage, que ce manque de démocratie interne n’est pas l’apanage des parties de l’ex-majorité ! Si j’ai de l’admiration pour le PAREN qui a pu et su remplacer L. Bado ‘sans effusion de sang’, je m’interroge à propos par exemple de l’UNIR/PS qui pensent que une dernière fois encore à la présidentielle sera la bonne pour B.S. Sankara – pour qui j’ai beaucoup d’admiration cependant – ! C’est vrai, qu’ils font ainsi en France, mais ailleurs c’est du ‘un coup K.O’ !

Dans un pays pauvres comme le nôtre, les 25 millions ( ?) de caution ne fait-elle pas de la course à Kossyam une affaire entre bourgeois fortunés ? Ceux qui ont 25 millions ont-ils de meilleurs projets de société que celui qui n’a que 1 franc ? Peut-être alors faut-il monter à 1 milliard et se passer du coup de l’élection, parce qu’il n’y aura certainement pas 22 candidats !

Combien de burkinabè sont-ils exclus de la course parce qu’ils ne peuvent réunir la caution ?

Qu’en est-il de la limitation de l’âge ? N’exclut-elle pas les moins de 35 ans ?

Les burkinabè de l’étranger ? Ils ne peuvent même pas voter, encore moins être des candidats !

Bref, si des conditions sont posées, elles lèseront toujours quelqu’un ! N’est-ce pas là , la nature même d’une condition que de scinder les choses en deux : Oui ou Non, Vrai ou Faux, Passe ou Casse ?

Hors, on ne peut pas ne pas poser des conditions ! Il le faut, mais il faut qu’elles soient juste.

Une préoccupation réelle

C’est la loi qui  garantit les libertés ! Mais la loi n’est pas toujours parfaite ou même juste ! Rappelons-nous que nous nous sommes révoltés contre Blaise Compaoré, pour l’empêcher de faire ce que pourtant les textes semblaient bien l’autoriser à faire ! Du reste, parce que nous savions que la loi l’autorisait, nous y avons apporté des modifications à travers le ‘verrouillage’ de l’article 37 !

Le tort de Blaise Compaoré, c’est d’avoir oublié que la loi n’est pas faite pour elle-même, mais plutôt pour les hommes ! Et les hommes disaient NON !

Le nouveau code électoral, il faut se l’avouer est arbitraire ! La cours de la CEDEAO l’a déjà dit, et sur le plan national, nous avons du mal à l’interpréter ! Que faire de ceux qui ont supporté le projet au début et se sont ravisés ensuite ? Cas des Rock, Salif et Simon .. Si la loi est juste, alors nul n’est au-dessus de la loi ! Comment peut-on l’appliquer aux citoyens moins bien connus quand adviendront les municipales ? Après tout, des stades entiers ont été remplie (recto-verso) de supporteurs comme de non-supporteurs ! Qu’en sera-t-il de ceux qui n’ont jamais rien dit haut et fort, mais était là, aux meetings, peut-être même par curiosité ?

S’il y a eu crime, que la loi sévisse et que les coupables sachent les motifs pour lesquelles ils sont condamnés, et donc perdent leurs droits civiques ! Autrement, se retrouver inéligible pour avoir exprimé une opinion, n’est tout simplement pas juste ! Une injustice qui se fait beaucoup plus cuisante lorsque d’autres citoyens ont exprimé la même opinion et ne sont pas frappés par la même loi ! Cela devient de l’arbitraire, de l’exclusion.

Pour ma part, avoir supporté le projet de révision constitutionnelle, relève de la liberté d’expression et d’opinion ! Combien de fois me suis-je opposé à Nyamsi ou à Djibo pour leur expliquer justement que dans le principe, si les conditions d’un referendum transparent étaient réunies, j’irais volontiers au referendum ?!

Le nouveau code électoral va donc à l’encontre de la liberté d’expression et d’opinion ! Et cela n’est pas acceptable dans une démocratie !

Je souscris entièrement à l’esprit du code électoral, qui est celui de forcer un renouvellement de la classe politique dans certains partis ! Malheureusement, la lettre du code fait tout autre chose et exclus bel et bien, de façon injuste des citoyens de notre peuple !

La seule voie juste qui prive un citoyen de son éligibilité, c’est la condamnation en justice ! Il nous faut des condamnations, rendues par une justice libre et indépendante ! Les chefs d’accusation sont légion, en commençants par les malversations en tous genres de ses 27 dernières années ! (1)

Conclusion

Je voudrais lancer le même appel au président Kafando et au CNT, que j’ai lancé au Gal. Diendere ! Faites preuve de courage et de responsabilité !

Le courage de reconnaitre que le nouveau code électoral fait fausse route, quant à la protection de la liberté d’expression et d’opinion.

La responsabilité et la maturité de l’abroger.

Le coup d’Etat est peut-être fini, mais les questions soulevées méritent que l’on s’attarde dessus pour les résoudre. En fait il importe peu que nous pensions ou nom que le code soit exclusif ! Ce qui importe, c’est que des citoyens le pensent ! La transition étant un consensus, il importe donc d’arriver à un consensus sur la question.

(1) Le procureur du Faso vient d’annoncer un Gel des avoirs de certains partis et quelques personnes. Un très bon début.

Notons que les circonstances ayant conduit à la révolution en Octobre dernier méritent aussi une commission d’enquête. Comment se justifie la volteface de l’ADF/RDA ? Y-a-t-il eu trafic illicite d’influence ?

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